L'enfant a-t-il droit aux
35 heures ?

Dès 1912, l’éducation
nationale s’inquiétait du « surmenage » que pouvaient
entraîner le travail à la maison après une journée de
classe. Cette lourde journée rallongée par le travail du soir fut
une des causes en 1956 de l’interdiction des devoirs du soir (voir
chapitre 1 de la partie théorique).
Aujourd’hui, les
chronobiologistes et les chronopsychologues comme François Testut, Hubert
Montagner, Alain Reinberg, René Clarisse nous enseignent qu’un
organisme ne peut faire n’importe quoi n’importe quand.
Actuellement, la journée de classe des enfants du primaire est l'une des
plus longues au monde. Selon ces scientifiques, le travail à la
maison (surtout si la quantité est importante ou la loi non
respectée) accroît
la fatigue des enfants et provoque de plus faible performance, une moins bonne
concentration par la suite en classe. De plus, il peut exister des facteurs
aggravants : le fait que certains parents multiplient le travail scolaire
hors de classe (l'automédication comme l'appelle avec humour Oreste
Saint-Drôme dans son livre Comment cultiver son petit écolier),
le rythme de vie des familles, les activités extrascolaires (musique,
sport, catéchèse), l'environnement familial (il est plus dur et
plus fatigant de travailler dans une cuisine que dans une chambre, de
travailler avec des parents pressés, fatigués,
énervés). Nous pouvons mettre ces observations des scientifiques
en parallèle au propos René Clarisse, chronopsychologue, qui
affirme que l'enfant à l'école primaire, proportionnellement
à l'adulte, fait plus de 35 heures sans parler des devoirs à la
maison et des activités périphériques.
D’ailleurs le ministre, en 2000,
précisait que, dans les classes élémentaires, le
travail scolaire à faire à la maison doit être
limité. Il profitait de l'occasion pour rappeler une nouvelle fois
que les devoirs écrits sont interdits en précisant que des
lectures, des recherches, des éléments à mémoriser
pouvaient constituer le travail à la maison. Le ministre
précisait très clairement que les enseignants devaient veiller
à la quantité, à la clarté des demandes et aux
échéances. D'autre part, le ministre fixait l'orientation
suivante : « l'enfant devrait pouvoir bénéficier d'un
temps et d'un lieu pour pouvoir effectuer son travail du soir, avant de rentrer
chez lui, avec la certitude de disposer d'un recours en cas de besoin ».
D’autre part, les chronobiologistes
et les chronopsychologues ont mis en évidence que chacun enfant à
un rythme qui lui est propre, c’est-à-dire qu’il existe une
hétérogénéité des rythmes au sein d’un
groupe-classe. Ils incitent l’école à prendre en compte
cette hétérogénéité en différenciant
l’enseignement. Je suppose que ces observations sont aussi bien valables
pour le travail scolaire fait en classe que pour le travail scolaire fait
à la maison.
En 1990 J.-M. Richard à travers un
article « Pour l’école à l’école »
dans la revue Educateur et Y. Delieutraz dans un article de la même revue
«De l’utopie à la réalité. Toute une
école supprime les devoirs à domicile. » faisaient
remarquer avec ironie que les enseignants ont besoin des travaux à
domicile pour réussir à boucler le programme! Alors que
d’une autre côté, ces mêmes travaux de maison leur
prennent (ils l’estiment 1/5ème du temps chaque
semaine) une bonne partie de leur temps et du temps en classe pour les
préparations, les copies, les explications (si elles existent!) et les
corrections. Ils demandent aux enseignants de « s'arrêter un moment
et de prendre le temps de remettre en question leurs pratiques
pédagogiques ». Après s'être associés aux
thèses de Perrenoud dans son livre 10 nouvelles compétences
pour enseigner, ils lancent l'appel: « Pensons aux
élèves! ».
